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Les Arts et les Dieux
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| Philosophe du début du XXe siècle, Alain a mal vieilli: son style quelque peu empoussiéré renforce l'image devenue peu flatteuse d'un moraliste prédicant. Faut-il pour autant le ranger au rayon des vieilles badernes? | |||||||
| Amour. Ce mot désigne à la fois une passion et un sentiment. Le départ de l'amour, et à chaque fois qu'on l'éprouve, est toujours un genre d'allégresse lié à la présence ou au souvenir d'une personne. On peut craindre cette allégresse et on la craint toujours un peu, puisqu'elle dépend d'autrui. La moindre réflexion développe cette terreur, qui vient de ce qu'une personne peut à son gré nous inonder de bonheur et nous retirer tout bonheur. D'où de folles entreprises par lesquelles nous cherchons à prendre pouvoir à notre tour sur cette personne; et les mouvements de passion qu'elle éprouve elle-même ne manquent pas de rendre encore plus incertaine la situation de l'autre. Les échanges de signes arrivent à une sorte de folie, où il entre de la haine, un regret de cette haine, un regret de l'amour, enfin mille extravagances de pensée et d'action. Le mariage et les enfants terminent cette effervescence. De toute façon le courage d'aimer (sentiment du libre arbitre) nous tire de cet état de passion, qui est misérable, par le serment plus ou moins explicite d'être fidèle, c'est-à-dire de juger favorablement dans le doute, de découvrir en l'objet aimé de nouvelles perfections, et de se rendre soi-même digne de cet objet. Cet amour, qui est la vérité de l'amour, s'élève comme on voit du corps à l'âme, et même fait naître l'âme, et la rend immortelle par sa propre magie. |
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| ALAIN, Les Arts et les Dieux, Paris, Gallimard, coll. La Pléiade, 1958 | |||||||
| Alain distingue donc amour-passion et amour-sentiment: au début, je suis "saisi", pris, ravi: je suis passif, je suis passionné. Ma passion me rend déraisonnable -pathétiquement déraisonnable. Mais celà n'a qu'un temps: vient, dans la possession de l'être aimé, l'appaisement de cette sorte de folie. Je redeviens maître de moi-même, et libre: c'est alors que je peux poser le choix d'aimer, et d'aimer dans la fidélité.
Laissons là la lecture prosaïque du dernier paragraphe: le mariage et les enfants ne sont pas la fin de la passion: ils rendent l'homme à la raison, à la liberté. Et l'amour qui se choisit un objet est bien plus grand et plus beau que celui qui se voit imposé par le désir. |
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