![]() |
|||||||
|
Ne me quitte pas |
|||||||
| Dans cette chanson classée parmi les cinq meilleures francophones du XXe siècle, Brel implore celle qui s'en va et qu'il aime, encore, passionnément. Texte poignant, souligné par une musique bouleversante, qui culmine dans le leitmotiv du refrain, mais aussi dans le dernier couplet. | |||||||
|
Ne me quitte pas
Ne me quitte pas Il faut oublier Tout peut s'oublier Qui s'enfuit déjà Oublier le temps Des malentendus Et le temps perdu A savoir comment Oublier ces heures Qui tuaient parfois A coups de pourquoi Le coeur du bonheur Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Moi je t'offrirai Des perles de pluie Venues de pays Où il ne pleut pas Je creuserai la terre Jusqu'après ma mort Pour couvrir ton corps D'or et de lumière Je ferai un domaine Où l'amour sera roi Où l'amour sera loi Où tu seras reine Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Je t'inventerai Des mots insensés Que tu comprendras Je te parlerai De ces amants-là Qui ont vue deux fois Leurs coeurs s'embraser Je te raconterai L'histoire de ce roi Mort de n'avoir pas Pu te rencontrer Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas On a vu souvent Rejaillir le feu De l'ancien volcan Qu'on croyait trop vieux Il est paraî-t-il Des terres brûlées Donnant plus de blé Qu'un meilleur avril Et quand vient le soir Pour qu'un ciel flamboie Le rouge et le noir Ne s'épousent-ils pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Je ne vais plus pleurer Je ne vais plus parler Je me cacherai là A te regarder Danser et sourire Et à t'écouter Chanter et puis rire Laisse-moi devenir L'ombre de ton ombre L'ombre de ta main L'ombre de ton chien Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas Ne me quitte pas |
|||||||
| S'il est un chant de la passion malheureuse c'est bien celui-là, déchiré entre espérance et résignation.
Tendresse du premier couplet, d'abord, où l'amant veut oublier le passé-obstacle, faire table rase, revenir à la page blanche, au printemps des origines. Grisé de cette espérance, le poète dit alors l'intensité de son amour par la profusions de ses dons: il n'est plus qu'offrande et de choses et de soi. Pour celui qui brûle encore, rien de plus facile que de ressusciter la flamme, que de retrouver l'incendie des premiers temps. On devine pourtant que chez l'aimée, est venu le temps de la cendre. Ne me quitte pourtant pas... Même s'il n'est plus d'amour possible, qu'alors au moins l'aimée le garde, lui laisse le bonheur simplement de la voir, de voir son bonheur, - qu'elle le laisse, du fond de son désespoir, la regarder vivre, sourire, chanter, rire, la regarder être heureuse -même en dehors de lui, même par d'autres que par lui. Le plaidoyer est vain, et Brel descend alors dans les bas-fonds de la passion amoureuse, cette zone ambigüe où l'amant s'éprend de sa propre abnégation, va jusqu'à l'annihilation de son être: l'aimé consent à son effacement, à la perte de son identité, de sa dignité aussi -jusqu'à devenir "l'ombre de ton chien". Texte superbe et terrifiant! -car celà ne suffit pas: NE ME QUITTE PAS... |
|||||||