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Jean d'Ormesson En nous, autre chose que nous |
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| Dans ce dialogue avec Madeleine Chapsal, auteur du roman autobiographie La Maison de Jade, l'académicine français Jean d'Ormesson résume en quelques formules brillantes les aléas de la passion. Il fait d'ailleurs le lien avec les passions au sens antique, celles qui ne sont plus seulement amoureuses.
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| L'étymologie nous a prévenus: passion vient de souffrir. Dans la version la plus moderne de Tristan et Iseut, tout est annoncé au moment où ils boivent le filtre: « Non, ça n'était pas du vin ! C'était l'âpre joie de la passion sans fin et la mort... » La joie, puis la mort. Ce qui n'est pas surprenant, puisque passion vient de pâtir... La deuxième caractéristique, toujours tirée de l'étymologie, c'est que de l'actif, l'on passe au passif. On n'agit ni ne vit plus comme avant: on est agi, vécu ! On ne peut plus appliquer les règles; en fait, on est dépossédé de soi-même. Là est la clé de la passion. On se sent porteur de quelque chose qui à la fois est en nous et ailleurs; une partie de soi n'est plus là. On est mû par une force qui n'est pas la nôtre. En nous, il y a désormais autre chose que nous. Dans la passion, on ne se dit rien du tout; c'est lorsqu'on est actif qu'on peut questionner ! C'est chez Descartes et les intellectuels rationalistes qu'on trouve le cogito, qui est une forme de passion: la passion de la raison et celle de se mettre en doute en tant qu'instance qui raisonne et qui pense... Mais, quand on est la proie de la passion, le doute n'existe plus ! On ne se demande plus: faut-il être ou ne pas être ?... vivre ou ne pas vivre ?... agir ou non ?... La passion met brutalement fin à toute discussion intérieure, parce qu'on est possédé par une force qui mène on ne sait où. Peut-être aux pires extrémités ! Mais je ne crois pas qu'il puisse y avoir de passion qui ne se nourrirait que d'elle-même. La passion est mise en mouvement par quelque objet « extérieur ». Car il est bien d'autres passions que la passion amoureuse, et toutes risquent de vous mener à la mort. Celle du collectionneur, qui va jusqu'à l'étouffer... Ou alors la passion de l'avarice, la passion de l'exploit, la passion du pouvoir... A toutes je vois toujours un support extérieur. - En somme, on suspend sa passion à n'importe quel porte-manteau comme à une patère. L'image n'est peut-être pas très élégante... |
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| M. CHAPSAL, Si je vous dis le mot passion...., Paris, Fayard, 1999 | ||||||